Éric DEVIENNE, Artiste Auteur
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— Monsieur le Curé ! Monsieur le Curé ! On a volé un crucifix ! Cette fois-ci, c'était à l’église Notre-Dame de Morthemer.
— Oh non ! Ce n’est pas possible ! Qui vous en a informée, Madame Germain ?
— C’est ma sœur. Elle m’a téléphoné car elle n’arrivait pas à vous joindre.
— Alors, je m’y rends sur-le-champ ! Ont-ils prévenu les gendarmes ?
— Oui ! Elle m’a dit qu’ils étaient déjà sur place.
Depuis plusieurs mois, des vols répétés étaient commis dans les églises du canton. Cinq avaient déjà été visitées : Paizay-le-Sec, Cenon-sur-Vienne, Archigny, La Chapelle-Viviers et Leignes-sur-Fontaine. À présent, une sixième était touchée : celle de Morthemer.
La situation devenait alarmante. Bientôt, comme tous les ans, un événement majeur se préparait : une exposition d’objets d’art de grande importance, certains provenant de petits musées régionaux. Cette année, un objet exceptionnel, appartenant à un bourgeois de la commune de Chauvigny, serait mis en avant : la couronne sacrée.
Présentée en l’église Notre-Dame de Chauvigny, cet objet d'art avait été méconnu pendant plus de trois siècles. Dissimulée durant la Révolution et la dernière guerre mondiale, elle avait retrouvé sa place jusqu'en l’an 2000, où l’héritier de la famille, fin connaisseur en art religieux, avait su en estimer la valeur. Craignant pour sa sécurité, il l'avait reprise pour la cacher en lieu sûr : chez lui. Faite d’or massif et sertie de diamants, la légende prétendait qu’elle aurait appartenu, vers 1246, au Roi Saint Louis, lors du siège du château de Civray, dans la Vienne. Lui-même l'avait baptisée la couronne sacrée. Ses propriétaires actuels descendaient des châtelains d'alors.
L’exposition suscitait une effervescence générale, et on attendait de nombreux visiteurs. Un dispositif de sécurité spécifique avait été mis en place pour le précieux joyau. Élodie Breitel, responsable culturelle du département, était particulièrement préoccupée. La valeur de l'objet attirerait inévitablement des convoitises.
La veille de l’événement, les propriétaires confièrent l'objet à la salle des fêtes, où se déroulaient les festivités. Placée dans un sas sécurisé et protégée par un système d’alarme, la couronne était également sous la surveillance d'un agent de sécurité.
Sa beauté avait fait la une des journaux régionaux. C’était une fierté pour tous d'accueillir un tel trésor.
Le jour de l’inauguration, qui débutait à 9 heures, Élodie Breitel et son équipe arrivèrent à 7 heures 30.
Ils ouvrirent le local et désactivèrent l’alarme. La couronne, imposante et éclatante, trônait fièrement. Rassurée, Élodie referma la salle et attendit l’arrivée des personnalités.
Parmi les invités figuraient un homme politique notoire du département, le préfet, le sous-préfet, des maires et divers responsables culturels, venus soutenir l'événement.
Un ruban tricolore décorait l’entrée.
À 9 heures précises, les autorités coupèrent le ruban. Le maire ouvrit la porte, confiant, puis son visage se figea. Il resta immobile, stupéfait.
— Mais où est-elle ? demanda-t-il.
Élodie le poussa légèrement pour avancer.
— Oh mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! On a volé la couronne sacrée !
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